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Les dernières analyses #3 : Mastercard s’allie aux telcos 📡, Orange Bank défie la microfinance en Côte d’Ivoire 💳, compte bancaire gratuit au Sénégal 🇸🇳, terminaux de paiement sur smartphone au Ghana 📱... et d’autres signaux à surveiller !
Ven 4 juillet 2025

Sommaire
Wave Mobile Money lève 117 millions d'euros en dette : analyse stratégique
Après Orange, Airtel et Yas, MTN MoMo Côte d’Ivoire lance sa carte virtuelle
🇸🇳 Kalispot lance sa version bêta : vers un guichet mutualisé entre banques, fintechs et telcos
PAPSSCARD : une carte panafricaine pour la souveraineté financière et numérique de l’Afrique
🇬🇭 Onafriq et PAPSS : un pilote pour les transferts transfrontaliers instantanés
Crédit - Banque - Telcos
1. 🇨🇮 Crédit de masse en Côte d’Ivoire : la performance d’Orange Bank comparée aux leaders de la microfinance

© Orange Bank
En août 2024, Orange Bank Africa rendait publics ses résultats d’activité, annonçant avoir distribué 4,55 millions de crédits depuis le lancement de son service Tik Tak en juillet 2020, pour un montant cumulé de 359,6 milliards FCFA. Moins d’un an plus tard, en juin 2025, la banque digitale franchit un nouveau jalon : 500 milliards FCFA de crédits octroyés, confirmant ainsi son ancrage sur le marché du crédit de masse en Côte d’Ivoire.
Cette progression spectaculaire témoigne de la montée en puissance d’un modèle résolument tourné vers l’automatisation, la vitesse d’exécution et l’accessibilité via mobile. En combinant les données disponibles, on estime qu’au total, environ 6,3 millions de crédits ont été décaissés depuis la création d’OBA en juillet 2020, pour un ticket moyen de 79 000 FCFA par prêt, révélateur d’un positionnement assumé sur les micro-financements récurrents, adaptés aux besoins ponctuels de consommation ou de gestion de trésorerie.
Bien qu’Orange Bank soit un établissement bancaire agréé, et donc hors du périmètre réglementaire des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD), son modèle opérationnel et son public cible présentent de nombreuses similitudes avec ceux de la microfinance. C’est cette proximité structurelle qui justifie une mise en perspective de ses performances avec celles des SFD.
Analyse comparative avec la performance des microfinances :
En 2024, les SFD ivoiriens ont octroyé 740,5 milliards FCFA de crédits, en progression continue d'un trimestre à l'autre. Cette performance s’appuie sur la montée en puissance de plusieurs acteurs clés, notamment BAOBAB-CI, ADVANS-CI, COFINA-CI ou CREDIT ACCESS, qui concentrent une part importante des montants prêtés à l’échelle nationale.

© Innogence Consulting
📌 La performance annuelle moyenne d’Orange Bank Africa représente ainsi, l’équivalent de 13,5 % du volume de crédits octroyés par l’ensemble du secteur SFD en 2024. Une position comparable à celle d’un acteur majeur comme ADVANS-CI.
Là où Orange Bank surclasse nettement les acteurs traditionnels, c’est surtout sur le nombre d’opérations unitaires qu’elle est capable de réaliser. Avec environ 1,27 million de crédits décaissés en 2024, la banque digitale dépasse ainsi de loin l’ensemble du secteur SFD, qui totalise 459 828 crédits sur la même période. Orange Bank Africa aurait donc, à elle seule, distribué près de trois fois plus de crédits que l'ensemble du secteur SFD en 2024.

© Innogence Consulting
Cette ascension rapide d'Orange Bank Africa illustre un changement d'équilibre dans le secteur du financement de proximité en Côte d'Ivoire. Là où les IMF restent ancrées dans un modèle relationnel, adossé à des réseaux physiques, Orange Bank Africa incarne la promesse d'un crédit dématérialisé, immédiat, à grande échelle, compatible avec les usages digitaux d'une population jeune et mobile. Cette performance oblige l'ensemble du secteur à se repositionner. Les SFD devront accélérer leur digitalisation, questionner leurs coûts fixes, et peut-être explorer des alliances technologiques. À défaut, une partie croissante du marché pourrait leur échapper, non pas au profit des banques classiques, mais d'acteurs hybrides, à l'instar d'Orange Bank, qui fusionnent la puissance des télécoms, l'agilité du mobile money et la rigueur bancaire.
Levée de fonds
2. Wave Mobile Money lève 117 millions d'euros en dette : analyse stratégique

© Wave Mobile Money
Le 30 juin 2025, Wave Mobile Money a annoncé une levée de dette de 117 millions d’euros (137 M$), structurée par Rand Merchant Bank avec l’appui de BII, Finnfund et Norfund. L’objectif : renforcer sa trésorerie et accompagner son développement sur le continent. Déjà présente dans huit pays, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso, Wave totalise plus de 20 millions d’utilisateurs actifs mensuels et 150 000 agents. Elle vient d’entrer au Cameroun via un partenariat avec CBC et prépare son lancement en RDC, confirmant son ambition panafricaine.
Malgré l’absence de résultats consolidés publics, des signaux indiquent une rentabilité sur certains marchés matures. En février 2025, le DG de Wave Côte d’Ivoire, Katier Bamba, déclarait : « À 1 %, on peut être rentable, et on l’est.» Le groupe suit ainsi un modèle classique de fintech en croissance : rentabilité locale, pertes globales maîtrisées.
Le recours à la dette, plutôt qu’à une levée en capital, s’explique par plusieurs facteurs. Il permet à Wave de préserver l’equity de ses actionnaires, tout en finançant des besoins critiques : couverture réglementaire, lancement de services à marge élevée (crédit, épargne, assurance) et coûts d’implantation dans des marchés complexes. Lever de la dette dans un contexte mondial tendu envoie par ailleurs un signal fort de confiance des investisseurs institutionnels.
Cela dit, si la dette soutient la croissance, elle accroît néanmoins la pression sur les flux de trésorerie. Un retard dans l’expansion ou une intensification de la concurrence pourrait fragiliser le modèle. Wave devra prouver sa capacité à générer rapidement du cash, en capitalisant sur des relais de croissance comme les produits financiers. Sa stratégie repose désormais sur une exécution rapide et rigoureuse pour transformer sa promesse panafricaine en performance consolidée.

© Innogence Consulting
Banque
3. 🇸🇳 FBNBank Sénégal lance First Japandi : un compte courant 100% gratuit pour accélérer l’inclusion financière

© FBNBank Sénégal
FBNBank Sénégal a marqué un tournant majeur sur la place bancaire en lançant, le 20 juin 2025, son nouveau produit phare : First Japandi, un compte courant totalement exempt de frais de tenue de compte, à destination de toutes les couches de la population.
Jusqu’ici, les frais de tenue de compte représentaient un obstacle majeur à la bancarisation dans le pays, s’élevant par exemple à 60.000 FCFA/an à la Banque Atlantique ou encore à 51288 FCFA/an à la SGSN. Cette charge, jugée trop lourde pour de nombreux ménages, explique en partie pourquoi seulement 22% des Sénégalais disposent d’un compte bancaire, laissant quatre personnes sur cinq exclues du système financier classique.

© Innogence Consulting
En supprimant totalement ces frais, FBNBank vise à démocratiser l’accès aux services bancaires et à favoriser l’inclusion financière. L’initiative s’inscrit aussi dans la dynamique de digitalisation des services financiers, en facilitant l’accès à des outils modernes comme l’application mobile FBNMobile et les alertes SMS. L’innovation de FBNBank prend tout son sens face à un défi de taille : dans la zone UMOA, près de 13 000 milliards de FCFA circulent encore sous forme de cash, hors du système bancaire. Cette masse monétaire, non captée par les banques, freine la mobilisation de l’épargne, l’accès au crédit et la création d’emplois. En rendant l’ouverture et la gestion de compte gratuites, First Japandi vise à attirer ces flux vers le secteur formel, à renforcer la digitalisation des paiements et à soutenir le développement économique du Sénégal.
Paiement - Telcos
4. 🇨🇮 Mastercard accélère la digitalisation des Telcos : après Orange, Airtel et Yas, MTN MoMo Côte d’Ivoire lance sa carte virtuelle

Mastercard multiplie ses partenariats stratégiques avec les opérateurs télécoms africains pour démocratiser l’accès aux paiements digitaux, à travers des solutions de cartes virtuelles innovantes directement intégrées aux portefeuilles mobiles. Après des déploiements réussis au Mali avec Orange, en Tanzanie avec Airtel Money, et au Sénégal avec l’initiative Mixx by Yas en partenariat avec Ecobank, MTN MoMo Côte d’Ivoire vient d’annoncer, à son tour, le lancement officiel de sa carte virtuelle Mastercard, marquant une nouvelle étape dans la diffusion de ces services sur le continent.

© Innogence Consulting
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond : la quasi-totalité des grands opérateurs télécoms africains cherchent désormais à équiper leurs services de mobile money de cartes de paiement internationales. Mastercard a pris une longueur d’avance sur ce créneau grâce à une stratégie de partenariat direct avec les telcos majeurs du continent : MTN, Orange, Airtel Africa, Safaricom/Vodacom (M-Pesa), Ethio Telecom ou encore Yas.
L’intégration des cartes Mastercard aux offres mobile money répond à plusieurs enjeux clés : favoriser l’inclusion financière en offrant aux non-bancarisés un accès à des services modernes, ouvrir l’e-commerce international aux utilisateurs mobile money, renforcer la fidélisation grâce à une offre différenciante, et accélérer la digitalisation des usages financiers.
Selon un rapport Genesis Analytics commandé par Mastercard, le secteur africain des paiements numériques devrait atteindre 1,5 trillion de dollars d’ici 2030.
E-Commerce
5. 🇨🇮 Plus de 67 % des commandes hors Abidjan : Jumia capitalise sur les zones rurales pour redéfinir l’e-commerce ivoirien

© Jumia
En 2025, Jumia confirme sa position de leader du e-commerce en Côte d’Ivoire, en misant sur les zones rurales, désormais au cœur de sa stratégie. Son nouvel entrepôt de 36 000 m² à PK24, capable de stocker 1,8 million de produits, permet des livraisons dans plus de 120 villes du pays.
Avec 800 000 produits, plus de 100 marques partenaires, et un réseau de points de retrait couvrant une centaine de villes, près de 50 % des commandes proviennent désormais des zones rurales. Téléviseurs, téléphones et électroménager figurent parmi les produits les plus demandés.
Le levier humain de cette stratégie s’appelle JForce. Avec plus de 19 000 agents indépendants, ce réseau constitue la cheville ouvrière de l’e-commerce rural : les agents accompagnent les clients dans leur parcours d’achat, facilitent le paiement à la livraison, et assurent un SAV de proximité.
Enfin, Jumia s’appuie sur un modèle logistique agile, avec 80 % des points de retrait gérés par des partenaires. Les délais de livraison en zone rurale restent courts (2 à 3 jours), avec des frais accessibles (environ 500 FCFA).

© Innogence Consulting
Services financiers
6. 🇸🇳 Kalispot lance sa version bêta : vers un guichet mutualisé entre banques, fintechs et telcos

© 𝟭𝗡𝗲𝘁 Africa
Kalispot vient d’annoncer le lancement public de la version bêta de son interface en ligne, accessible sur www.1net.africa, marquant une étape clé dans la mise en œuvre d’un GAB mutualisé. Cette solution, testée en phase pilote avec des banques, fintechs et opérateurs de mobile money, vise à créer une plateforme unique, interopérable et multi-acteurs où chaque institution financière pourra brancher ses services via API, tout en personnalisant l’expérience et en partageant les coûts d’infrastructure, d’acquisition client et de conformité.
Pour l’utilisateur final, le fonctionnement est fluide : il initie un retrait sur le guichet Kalispot, reçoit un QR code ou un OTP pour validation depuis l’interface de son fournisseur de service, puis récupère le cash désiré. Ce modèle B2B2C s’inscrit dans une tendance de rationalisation des réseaux, alors que les approches propriétaires atteignent leurs limites économiques : la mutualisation des points de contact permet de réduire drastiquement les coûts de déploiement, de maintenance et de gestion KYC, tout en accélérant la densification du réseau et en standardisant l’expérience utilisateur, chaque acteur restant libre d’innover sur la couche servicielle. Cette approche est particulièrement pertinente dans le contexte ouest-africain, où la pression réglementaire, la nécessité de rentabiliser chaque point de service et l’exigence d’inclusion financière imposent de repenser les modèles.
Paiement
7. 🇬🇭 Au Ghana, Absa Bank transforme les smartphones en terminaux de paiement pour booster l’économie numérique

© Absa Bank
Absa Bank Ghana vient d’annoncer le lancement de Mobi Tap, une solution Tap-to-Phone conçue pour transformer tout smartphone NFC en terminal de paiement sans contact, permettant aux commerçants d’accepter les paiements par carte, mobile money ou virement bancaire, sans matériel supplémentaire ni intégration complexe. Ce service, développé en partenariat avec MobiWire et soutenu par Visa, vise à démocratiser l’acceptation des paiements digitaux auprès des PME et micro-entrepreneurs, notamment dans les segments informels et ruraux où le coût des TPE classiques reste prohibitif.
Mobi Tap se distingue par plusieurs atouts stratégiques. Elle se veut d’abord accessible, ne nécessitant aucun équipement spécifique : un simple smartphone Android équipé du NFC suffit. Elle offre également une grande polyvalence, en acceptant les cartes bancaires (Visa, Mastercard), le mobile money et les virements, couvrant ainsi l’essentiel des moyens de paiement utilisés au Ghana. Sa simplicité d’usage, avec une application sécurisée et facile à prendre en main, favorise enfin une adoption rapide par les petits commerçants et les entrepreneurs itinérants.
Le lancement de Mobi Tap intervient dans un contexte de forte croissance du paiement digital au Ghana. En avril 2025, la valeur totale des transactions mobile money au Ghana a atteint environ 29,9 milliards d’euros. Cela représente une hausse de 3,8 % par rapport au mois de mars et de 80 % sur un an, selon la Bank of Ghana. Le nombre de transactions mensuelles a dépassé 778 millions, avec 24,2 millions de comptes actifs. Cette forte croissance s’explique par la pénétration accrue du mobile, l’expansion des réseaux d’agents et un environnement réglementaire favorable.
Lancement
8. PAPSSCARD : une carte panafricaine pour la souveraineté financière et numérique de l’Afrique

© Afreximbank
Dévoilée le 27 juin 2025 à Abuja lors des 32e Assemblées annuelles d’Afreximbank, la PAPSSCARD marque une rupture stratégique : elle permet des paiements rapides, sécurisés et abordables entre pays africains, avec compensation et règlement le jour même, entièrement sur le continent. Conçue par le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) en partenariat avec Mercury Payment Services, elle vise à réduire la dépendance aux réseaux internationaux et à favoriser l’intégration commerciale africaine.
Plusieurs institutions financières majeures, dont Bank of Kigali, I&M Bank Rwanda, Rswitch et Unified Payments Nigeria, participent déjà à l’initiative, qui cible l’intégration de 500 millions de comptes bancaires dans 30 pays d’ici fin 2025.
Lancement
9. 🇬🇭 Onafriq et PAPSS : un pilote pour les transferts transfrontaliers instantanés

© Papss
Le 20 juin 2025 à Accra, Onafriq et PAPSS ont lancé un service pilote de paiements transfrontaliers, approuvé par la Banque du Ghana et opéré dans un environnement sandbox réglementaire. Ce programme, d’une durée de six mois, permet aux banques, fintechs et opérateurs de mobile money partenaires au Ghana d’offrir à leurs clients des transferts instantanés vers des portefeuilles mobiles et comptes bancaires dans plusieurs pays africains. L’accent est mis sur les PME et les transactions de détail, avec pour objectif de réduire les coûts, d’améliorer la transparence des taux de change et d’intégrer les flux informels dans le système financier formel.
Parmi les acteurs concernés figurent Onafriq, PAPSS, Afreximbank (en tant que banque de règlement), ainsi que les partenaires bancaires, fintechs et opérateurs de mobile money du Ghana. Ce pilote vise à évaluer les flux, l’adoption et la performance du service avant un déploiement élargi à d’autres marchés africains.
C’est tout pour ce numéro 🫡
Restons engagés, continuons à innover et à collaborer pour bâtir ensemble l’avenir des services financiers et numériques en Afrique. À la prochaine édition pour suivre, décrypter et anticiper les grandes évolutions de notre écosystème.
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